Nager avec son cheval.

Nous remontons la plage de Porticcio au pas actif, rênes très  longues, molles. Au fond de la baie d’Ajaccio, les avions semblent décoller de la plage. Derrière nous, l’église de San Ghjuvan sonne les 9 heures du soir. La mer est calme, juste de petites rides sur l’eau. La plage est vide, les touristes l’ont désertée, elle est ouverte aux chevaux.

Plage de Porticcio, au fond l’aéroport et Ajaccio

Nous sommes seuls. Nous marchons sur la très étroite bande de sable humidifié par le clapot des vagues. Le sol y est souple et ferme, « Miss » adore. Dans le sable sec à notre droite ce serait beaucoup trop profond et pénible pour ma jument. Le pied de « Miss » marque le sable et laisse une emprunte bien nette tout au bord de l’eau cristalline.

Nous nous dirigeons vers le milieu de la courbe de la plage, endroit que j’ai repéré pour être favorable à la mise à l’eau, il n’y a aucun caillou ou rocher avant de perdre pied.

Je suis en « jean’s », torse nu, pieds nus. En maillot de bain, le poil de la jument gorgée d’eau serait beaucoup trop glissant.

« Miss d’Aulix », jument de pur-sang anglais de 6 ans avec laquelle je fais du dressage, du concours complet, mais aussi du steeple-chase. Elle est sans selle, en simple bridon. Bien que caractérielle, c’est mon amour ! Elle est grande, très charpentée pour un pur-sang, elle « roule des mécaniques » en marchant, son pas très actif, encolure libre, fait monter son dos en cadence, je le sens très bien au travers de mon pantalon. Sa peau chaude colle à mes jambes libres.

 Nous voici arrivés au milieu de la baie, nous faisons doucement face à l’eau. Et, pas à pas, elle enjambe le petit clapotis des vagues. La berge descend très rapidement. L’eau monte à ses genoux, épaules, encolure….

Je commence à la sentir pousser vers le haut pour rester en surface, elle semble rebondir sur le fond, comme un doux-passage…. C’est le moment où elle perd pied. Vite, je m’allonge et glisse sur son côté gauche, « à l’indienne » tout contre elle dans l’eau. Elle continue à avancer, bien droite, elle nage….

C’est magique.

Miss d’Aulix a l’eau avec son « papounet »

Nous allons vers le large, au fond, la ville blanche d’Ajaccio se détache sur le noir des montagnes. Je pense à l’Empereur ! Le soleil commence à descendre très bas derrière les îles Sanguinaires. La lumière rougeoie la surface de l’eau, c’est magnifique.

Nous nageons vers les premiers bateaux qui sont à l’ancre à quelques encablures… Mon bras droit passe par-dessus l’encolure de la jument au niveau de la base de l’encolure et ma main droite tient la rêne droite. Ma main gauche sur la rêne gauche est contre le creux de l’encolure à gauche.

Pour la diriger, il me suffit de faire de grandes rênes d’ouvertures droites ou gauches. Les actions successives de la main droite amène progressivement la tête à droite, incurve légèrement l’encolure vers la droite et l’encolure sert de gouvernail avant… et nous tournons large à droite…. J’utilise le même procédé pour tourner à gauche.

Cercle au milieu de voiliers

J’évite de passer trop près des voiliers en rade pour ne pas risquer de tromper ma jument en lui faisant heurter les chaînes inclinées des ancres qui se distinguent mal quand on est au ras de l’eau. Nous naviguons entre les bateaux.

Je nage à l’indienne à côté de Miss. Son souffle est régulier mais bruyant. Elle n’est pas du tout affolée. Si par nature elle est très craintive et sur l’œil, son dressage lui a donné toute confiance en moi.

 Nous décrivons une grande courbe entre les voiliers. Les marins nous saluent interloqués. Nous passons derrière les bateaux les plus éloignés, puis nous revenons vers la plage. En nous approchant du sable, je sens sous mon bras accroché à son encolure qu’elle commence à toucher le sol. Je me glisse au-dessus de ma jument et reprends ma position à califourchon. Je m’accroche à la crinière pour sortir de l’eau, la berge est très pentue et son poil gorgé d’eau est très glissant.

Retour a la terre ferme

Arrivés sur le sable, elle s’ébroue vivement…. Elle me secoue à me désarçonner, je m’accroche aux crins.

Nous reprenons notre marche active suivant le chemin inverse,  vers les écuries, plein sud, toujours rênes très longues encolure étendue… Les Iles Sanguinaires sont noires sur un ciel enflammé, le pas de « Miss » me berce… Le grand bonheur !

Les Iles Sanguinaires

Comment nager avec son cheval

Tous les chevaux savent naturellement nager. Il suffit de les laisser faire et de ne pas les gêner.

Le cheval n’aime pas poser le pied sur une surface molle ou liquide dont il ne perçoit pas le fond. Dans un terrain inconnu, il faut donc lui laisser le temps de « palper » le fond de l’eau. Il le fait en général, délicatement, de la pointe du sabot. On a l’impression qu’il tâte la température de l’eau !

Le cheval doit être monté à cru, le cavalier en pantalon. Éviter le maillot de bain… le poil du cheval gorgé d’eau est très glissant.

Présenter le cheval bien droit face à l’eau. Le laisser avancer sur des rênes qui s’allongent de plus en plus. Si nécessaire, pour vous assurer, attraper une poignée de la crinière. Si besoin est, pour l’encadrer, écarter fortement les mains l’une de l’autre, mais toujours sur des rênes qui s’allongent.

Entrée dans l’eau

Maintenir le cheval en avant par de petits battements de mollets. Ne surtout pas agiter le haut du corps, ce qui nuirait gravement à l’équilibre du cheval qui se retiendrait et perdrait confiance.

Laissez le cheval rentrer dans l’eau à son rythme.

Quand le niveau de l’eau est monté au niveau du dos du cheval, celui-ci relève la tête pour ne pas respirer les vaguelettes et il commence à exercer des poussées verticales pour se maintenir en surface. On a l’impression que le cheval passage. Se glisser à plat vente sur le dos et l’encolure du cheval puis sur son côté gauche. Rêne gauche dans la main gauche qui saisit en même temps une poignée de crins. Rêne droite dans la main droite, bras droit par-dessus la base de l’encolure du cheval.

Le cheval perd pied, commence à nager… nager à l’indienne à côté de lui.

Nage a l’Indienne

Si le cavalier restait sur le dos du cheval alors que celui-ci commence à perdre pied, il lui creuserait exagérément le dos, le cheval s’affolerait, surtout si le cavalier tire sur les rênes. L’ensemble cavalier–cheval coulerait par l’arrière main et le cheval respirerait de l’eau…. La confiance serait rompue et le cheval ne voudrait plus jamais renouveler l’expérience.

Comment gâcher un cheval !

Pour diriger, procéder par de grandes rênes d’ouverture. Pour tourner à droite, conserver la crinière dans la main gauche, exercer des actions successives de rêne d’ouverture droite pour attirer le bout du nez du cheval à droite, la tête à droite, l’encolure légèrement incurvée à droite servant de gouvernail ferait tourner l’ensemble vers la droite. Pour tourner à gauche, attraper la crinière de la main droite, et exercer les mêmes actions successives de rêne d’ouverture gauche.

Pour sortir de l’eau, rester bien droit face à la berge. Quand le cheval commence à toucher le fond, il va pousser très énergiquement sur ses postérieurs pour sortir de l’eau. Bien conserver la crinière en main pour ne pas se raccrocher sur la bouche par les rênes au moment où s’exerce cette poussée. Se contenter de réaligner son corps au-dessus de celui du cheval et de l’enfourcher quand il sort de l’eau toujours assuré par la crinière.

Une fois hors de l’eau, le laisser s’ébrouer pour qu’il chasse l’eau contenue dans son poil ce qui représente un poids énorme dont il se débarrasse (plus ou moins 50 kilos). Garder la crinière en main pendant cette opération mais laisser les rênes longues.

Avant tout, bien repérer les lieux de la mise à l’eau et de sortie de l’eau de façon à être parfaitement certains que le cheval ne butera pas sur des cailloux ou rochers au risque de se blesser.

Un cheval dressé est un cheval qui se laisse faire en toute confiance… Il n’y a donc aucun problème pour nager convenablement avec un cheval dressé.

Jean-Michel Rousseaux

Ecuyer – Instructeur Diplômé d’Etat BEES II Saumur

Master Instructor International Group For Equestrian Qualifications

Ancien sous-officier de l’École de Cavalerie de Saumur

Note : J’organise des stages dans toutes les régions. Si vous souhaitez participer avec votre cheval, il vous suffit de regrouper 5 couples cavalier/cheval autour de vous et je me déplace dans l’écurie de votre choix. https://jmrousseaux.com/stages/

%d blogueurs aiment cette page :